Comment es-tu devenu pisteur à Méribel Alpina ?

“C’est un parcours de vie, comme souvent.

Au départ, j’avais commencé des études, une maîtrise AES, et le service national m’a rattrapé. J’ai donc dû faire une saison pour gagner de l’argent. Mon oncle travaillait déjà à Méribel Alpina, alors je suis entré aux remontées mécaniques.

J’ai découvert un univers qui m’a plu tout de suite. À cette époque, j’étais plutôt footballeur que skieur. Le ski était un peu passé au second plan. Mais en travaillant sur le domaine, je voyais les pisteurs évoluer et je sentais que leur métier était différent.

Il existait un système de patrouilleur. On pouvait intégrer le service des pistes avec un délai pour passer le diplôme. Si un poste se libérait, on pouvait rester. J’ai tout de suite saisi cette opportunité.”

Depuis combien de temps as-tu rejoins Méribel Alpina ?

“Cela fait maintenant une vingtaine d’années. Au début, c’était un concours de circonstances. Aujourd’hui, c’est devenu une vocation, un métier que j’aime profondément et que je ne suis pas prêt de quitter.”

Pourrais-tu faire autre chose l’hiver ?

“Honnêtement, non. Je suis vraiment bien là où je suis. Le temps passe, mais je continue à travailler avec des jeunes. Le métier évolue, l’équipe aussi et c’est ce qui le rend vivant.

Le secours apporte une vraie dose d’adrénaline. Il y a des moments très forts, surtout en collectif. On partage des situations intenses. On crée des liens solides. On fait aussi de belles rencontres.

C’est un métier technique, exigeant, mais aussi très humain. Je ne me vois pas faire autre chose.”

Le métier a-t-il changé au fil des années ?

“Oui, il a évolué. On peut être pisteur-secouriste ou artificier. Cette dimension faisait partie des grandes montées d’adrénaline du métier.

Aujourd’hui, on cherche à limiter au maximum la prise de risque. L’activité d’artificier se pratique donc moins qu’avant. L’évolution va dans le sens de la sécurité, et c’est une bonne chose.

Et, ici, à Méribel, nous sommes dans une station qui reste peu dangereuse.”

Que se passe-t-il une fois les pistes ouvertes ?

“Une fois les pistes ouvertes, on se retrouve au chalet pour un briefing. Chacun partage ce qu’il a observé. Le chef nous donne les grandes lignes de la journée et les éventuelles consignes particulières. Ce moment est important pour avoir une vision d’ensemble.

Ensuite, on part en patrouille. Notre rôle d’information est de plus en plus présent. Beaucoup de clients ne savent pas vraiment qui nous sommes. Alors on va vers eux, on montre qu’on est disponibles et on donne des indications sur la qualité de la neige, sur les itinéraires ou sur les balades.

Et, bien sûr, on reste prêts à intervenir pour les secours. Cela reste l’un de nos rôles majeurs.”

Comment s’organise l’équipe au quotidien ?

“Nous sommes 10 sur le secteur.

Chaque jour, un pisteur est de permanence. Il est responsable des appels secours. Cela signifie que c’est lui qui part en premier ou qui décide de solliciter le collègue le plus proche de l’intervention.

On vérifie également tout notre matériel. Les appareils de recherche et de détection, comme le RECCO, doivent être opérationnels en permanence.

On échange aussi les informations sur l’état des pistes. Ce temps d’échange permet de se coordonner avant de partir, souvent en binôme, chacun sur ses missions.”

À quoi ressemble une journée sur le terrain ?

“Sur le terrain, la sécurité est permanente.

On peut :

  • Remettre un jalon en place après qu’il ait été déplacé.

  • Vérifier un matelas de protection pour s’assurer qu’il protège correctement une potence métallique.

  • Installer des panneaux pour signaler et faire ralentir sur une zone de croisement.

  • Signaler une zone avec des cailloux ou de la neige dure.

L’objectif est toujours le même : éviter les collisions.

Un collègue s’occupe de contrôler et de préparer le matériel de secours. De notre côté, on peut relever des filets, travailler en binôme sur des tâches spécifiques. Il y a aussi des entraînements DVA (Détecteur de Victimes d'Avalanche) pour la recherche de victimes.

Et puis, il y a les rencontres : des personnes en difficulté, des clients qui cherchent un itinéraire ou d’autres qui demandent conseil. On les aide, on les informe et on les oriente.

Aucune journée ne se ressemble vraiment.”

Qu’est-ce qui te rend le plus fier dans ce métier ?

“Le sentiment d’être utile, sans hésitation.

Les retours des gens sont précieux, que ce soit après un secours ou simplement après une information donnée. En fin de journée, quand on ferme les pistes, certains sont fatigués ou perdus. Aussi, dans le brouillard ou dans des conditions difficiles, on les ramène vers le bon chemin. Ils sont vraiment soulagés de nous voir.

C’est dans ces moments-là qu’on mesure le sens de notre métier.”

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite devenir pisteur ?

“Je dirais qu’il faut y aller avec envie.

Ceux qui veulent vraiment faire ce métier auront cette envie naturellement. Pour ceux qui ont des appréhensions face au secours, on découvre souvent ses propres réactions sur le terrain, au moment où la situation se présente.

Pour moi, ça a été une vraie découverte. J’ai senti très vite que cela me plaisait.

Il faut essayer : les conditions de travail sont belles. Et, au fond, nous sommes faits pour être dehors.”

Prévenir, sécuriser, secourir, informer… Être pisteur à Méribel, c’est bien plus qu’un métier. C’est une vocation. Chaque jour, Jérôme et ses collègues veillent sur le domaine pour que chacun puisse profiter de la montagne en toute sérénité.